Quand Airbus tente de dominer Dassault

Le projet SCAF est miné par la rivalité Dassault-Airbus, menaçant l’avenir du combat aérien européen.

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Le SCAF devait unir l’Europe, il divise. Ce projet phare pour un nouvel avion de combat européen est aujourd’hui empêtré dans une rivalité industrielle où Airbus cherche à imposer ses règles. Dassault résiste. Le ton monte. À la clé, bien plus qu’un contrat d’armement : un affrontement sur l’avenir de l’autonomie stratégique du continent.

Lancé en 2017, le programme rassemblait la France, l’Allemagne et l’Espagne autour d’un objectif clair : concevoir un système de combat aérien de nouvelle génération. Pilote, drones, capteurs interconnectés, cloud tactique : une architecture intégrée censée remplacer les flottes actuelles à l’horizon 2040. Neuf ans plus tard, l’agenda déraille, les promesses s’effilochent. Aucun démonstrateur n’a été lancé. La phase 2 reste en suspens. À Paris comme à Berlin, on parle d’un programme « au point mort ».

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Derrière les différends techniques et les dossiers d’export, une réalité s’impose : Airbus veut peser davantage. L’industriel pilote déjà plusieurs piliers-clés — drones, furtivité, cloud de combat — et s’implique dans le moteur via la coentreprise Eumet. Officiellement, Dassault reste maître d’œuvre du New Generation Fighter. Mais dans les faits, Airbus avance ses pions. Et fait entendre sa voix.

Michael Schöllhorn, patron d’Airbus Defence and Space, met la pression : « le programme n’a plus lieu d’être » si la gouvernance n’est pas rééquilibrée. Guillaume Faury enfonce le clou : « ceux qui ne veulent pas continuer sont libres de partir ». Une sortie perçue, côté français, comme une tentative de mainmise. Dassault réagit et défend une ligne claire en revendiqant l’unité de conception autour du chasseur piloté, fort de son expérience sur le Rafale et le nEUROn. Éric Trappier met en garde : tout abandon sur la maîtrise d’œuvre ouvrirait la porte à des dérives comparables à celles de l’A400M.

La tension monte. Depuis l’automne, Dassault brandit l’alternative d’un Rafale NG développé hors SCAF. L’idée gagne en crédit dans les cercles gouvernementaux. Elle n’est plus un simple levier de négociation. Elle devient une hypothèse de travail.

Des fractures politiques de plus en plus assumées

Côté allemand, le ton change aussi. Le comité d’entreprise d’Airbus Allemagne appelle à tourner la page Dassault. « Le constructeur français bloque le projet », écrit-il. BAE, Leonardo, Saab sont évoqués comme relais potentiels. Plusieurs élus reprennent l’argument. À Berlin, des scénarios sans Paris sont examinés, prudemment. Rien n’est assumé publiquement. Mais la méfiance est là. L’idée d’un « SCAF sans Dassault » n’est plus taboue.

En parallèle, le Rafale avance. En 2025, Dassault livre 26 avions, dont 15 à l’export. Carnet de commandes : 220 unités. Nouveaux contrats : 26. Le standard F5 monte en puissance, avec des fonctions de combat collaboratif qui préfigurent le futur SCAF. Dans les états-majors, on regarde ce socle comme une assurance tous risques. Un plan B possible. Le soutien à l’Ukraine, avec jusqu’à 100 Rafale promis — même sans contrat signé — renforce encore ce rôle central.

Deux visions de la puissance aérienne s’opposent

Airbus n’est pas en reste. L’A400M a trouvé sa place dans l’Armée de l’air. Le ravitailleur A330 MRTT s’impose dans les opérations. Des réflexions émergent sur un usage offensif de l’A400M, avec drones et munitions largués. Rien d’acté, mais une dynamique. Airbus s’installe dans tous les maillons de la chaîne aérienne française. Y compris là où Dassault était seul, autrefois.
Dans ce bras de fer, les chiffres s’invitent. L’état-major table désormais sur un besoin de 230 avions de combat à moyen terme. Tous types confondus. Et derrière ce chiffre, une question qui cristallise les tensions : qui contrôlera les futurs standards de puissance ? Les deux poids lourds industriels européens ne lâchent rien.



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18 commentaires sur « Quand Airbus tente de dominer Dassault »

  1. D’accord avec Dassault, ils sont capable de faire le Scaf tout seul ,je ne vois pas pourquoi ils ne seraient pas le leader dans le project à trois pays, pour que ces pays profitent des secrets de fabriquations de plusieurs decenies de Dassault, c’est trop facile!!

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    • Vous avez d’autant plus raison que l’Allemagne n’a plus jamais conçu un avion militaire toute seule depuis 1945.
      Ses bureaux d’études aéronautiques militaires ne sont donc plus à la page, pour ne pas dire « Largués » et ont un cruel besoin des compétences françaises.
      Cette opération SCAF n’est autre qu’une manipulation pour absorber le savoir-faire de DASSAULT, voire la société entière.

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  2. à ce demander si les allemands ne veulent pas contrôler l”europe au détriment de nos succès comme Le rafale,le TGV,les centrales nucléaires, et autres sous marins, paquebots, agriculture, etc
    ils veulent contrôler Airbus et nous rendre moins autonome vis à vis des américains,leurs petits toutous
    bref une Europe comme ça,c’est bien mal barré

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    • Poser la question c’est y répondre. Sur le plan ndustriel, aucun pays n’a imposé quoi que ce soit à l’Allemagne, hormis les US pour le matériel de défense. La liste des torpillages Allemand dirigés contre l’industrie française est longue. Impossible pour la France de faire prévaloir aucun standard. Dassault n’est que la dernière péripétie en date dans cette lutte inégale qui prendra fin quand la France aura définitivement désarmé industriellement.

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      • Je tenais à intervenir concernant le SCAF et, plus largement, cette soi-disant Europe unie.
        À mes yeux, elle n’a pas vraiment de quoi se vanter : nous sommes encore et toujours en train de regarder si les États-Unis vont continuer à nous protéger.
        Quand on parle d’Europe unie, la logique voudrait que l’on achète d’abord du matériel européen, et seulement ensuite, si nécessaire, du matériel américain ou israélien. Or, ce n’est pas le cas.
        Dassault Aviation possède, selon moi, les plus grandes compétences dans l’aviation de combat, bien au-delà d’Airbus Defence & Space. Le Rafale en est la preuve concrète.
        Pour ces raisons, Dassault devrait continuer seul et préserver notre souveraineté industrielle et militaire.

  3. D’assaut sait faire seul.
    D’autant plus que les produit militaires Airbus ne sont pas au niveau:
    voir les Hélicos en Australie ou l’A400M magnifique bijou de technologie mais bien trop fragile et cher à entretenir

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    • excellent,
      depuis des décennies les Allemands essaient de dominer la France,
      le nucléaire (par l’énergie), l’aciérie, les explotations charbonnier, l’industrie Automobile et j’en passe…

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    • Oui !
      De toute urgence !
      N’oublions pas que le pacte de défense germano – italien a été réactivé !
      Vous vous souvenez de la bataille des Alpes ???

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  4. ras-le-bol que toutes les connaissances françaises partent en Allemagne avec un gouvernement actuel qui ne défend pas notre industrie, un président qui pour se faire bien voir de nos voisins Brade nos intérêts.
    Après Alstom bientôt Dassault il faut que ça s’arrête et que ceux qui nous représente commencent à défendre un peu nos intérêts. ras-le-bol de cette Europe qui décapite la France en mettant en place des règles que nous sommes les seuls à respecter et qui nous brisent.

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  5. avant tout qui dit Europe uni dit priorité au fournisseur fabricants européens pour du matériels militaire…
    Malheureusement le choix des avions de combat est le F35 et non le rafale uniquement pour contrer dassault et la France par la même occasion…
    et avec le projet du scaf l Allemagne confirme leur réel intention !!!!
    nous n’avons pas le choix ,de rester indépendant quoiqu’il en coûte…
    malheureusement…

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  6. En fait, les Allemands ont fait l’Eurofighter – 600 exemplaires produits pour la RFA, le Royaume Uni, l’Espagne, l’Italie et un ou deux clients export – sans l’aide de Dassault et ne veulent pas perdre leurs compétences d’avionneurs et d’integrateurs au profit de Dassault en étant sous sa direction. Que le Rafale soit plus polyvalent que l’Eurofighter et ce dernier peut etre supérieur en combat haute altitude n’y change rien : DA et ADS sont l’un et l’autre capable de faire un chasseur et aucun ne veut perdre sa place.

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  7. ça me fait rigoler les commentaires. Techniquement Dassault peut le faire seul mais la France comme Dassault ‘e peut supporter seuls le coût d’un tel programme. Seuls les États unis et la Chine peuvent développer seuls de tels projets. Faut arrêter de croire que la France est une grande puissance c’est fini ça. La France comme le Royaume uni sont des puissances moyennes qui n’ont pas la capacité financière de développer seuls de tels projets.
    Et comment en vouloir aux Allemands qui sont certes arrogants mais qui savent très bien qu’en 2027 il y aura probablement un gouvernement anti europeen et qui prendra ses distances avec l’Allemagne. Les allemands ne veulent prendre aucun risque tout simplement. Et les allemands sont aussi lassés de la France incapable depuis 30 ans de remettre de l’ordre dans leurs finances, la France qui fuit ses responsabilités depuis des décennies avec une fuite en avant financière permise en grande partie par la solidité financière de l’Allemagne.

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  8. La France est le seul pays européen a disposer de la bombe nucléaire.
    Aucun autre pays européen n’ a eu l’idée de faire la même chose !!!!
    C’est quand même incroyable et totalement inconséquant !!!!
    Qu’ils se mettent la corde au cou avec les USA ne semble pas les émouvoir..
    Ils prèrent donc jouer américain ? He bien faisons alliance avec d’autres nations !(notamment l’Inde par exemple qui s’engage depuis des annees avec nous)

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